Comment mieux gérer l'incertitude diagnostique ?

Titre original : Understanding and Communicating Uncertainty in Achieving Diagnostic Excellence
Journal : JAMA
Auteurs : Dahm MR, Crock C
Date de publication : mars 2022

L’incertitude diagnostique est une réalité à laquelle aucun médecin ne peut échapper. La difficulté de gérer cette incertitude a des conséquences néfastes non seulement pour le professionnel lui-même (sentiment d’échec, anxiété, stress, burn out, etc.) mais également sur la relation avec le patient qui développe des sentiments de doute à l’égard des compétences de son médecin.

Pourtant, la gestion de l’incertitude est une qualité nécessaire à la bonne pratique médicale. Plutôt que de vouloir l’éviter ou la nier, les professionnels devraient intégrer l’incertitude dans le processus diagnostique, l’accepter comme partie intégrante du problème et en parler ouvertement auprès de leurs pairs et de leurs patients. 

Du point de vue des professionnels, l’incertitude diagnostique peut être définie comme une perception subjective d’une incapacité à donner une explication précise des problèmes de santé d’un patient. Les sentiments de tension et de frustration suscités par l’incertitude peuvent mettre en péril la confiance du patient. La sûreté et le caractère décisif à travers lesquels les professionnels établissent un diagnostic est, cependant, souvent perçu par le patient comme un indice de compétence et d’expertise du médecin. Cependant, l’excellence en matière de diagnostic exige la reconnaissance et l’acceptation de cette incertitude, de savoir s’interroger et également de communiquer avec le patient au sujet de cette incertitude.  

Pour le patient l’incertitude représente un ensemble de plusieurs incertitudes : l’incertitude face aux symptômes qu’il ressent, les doutes quant au temps qu’il faudra pour obtenir une réponse ou quant à l’efficacité du traitement proposé. On retrouve également le doute ou l’incertitude chez le patient lorsque celui-ci a le sentiment que ses symptômes ne sont pas pris en compte ou sont négligés par le médecin, lorsqu’il a l’impression que le diagnostic posé ne correspond pas à ce qu’il s’attendait ou lorsque la maladie progresse malgré les traitements. 

Les auteurs de cet article recommandent deux approches pour mieux gérer l’incertitude : gérer l’incertitude de façon positive et communiquer sur le sujet. 

Gérer l’incertitude positivement
En premier lieu, les professionnels doivent démasquer, tolérer, accepter et parler ouvertement de l’incertitude afin de soulager les sentiments d’anxiété, le stress et l’épuisement professionnel associés. Toutefois, cela demande des changements de mentalité, surtout lors de la formation initiale qui, par sa nécessaire rigueur scientifique, ne prépare pas les jeunes médecins à gérer cet aspect de la discipline. La formation des médecins doit inclure l’expérience de l’incertitude, la manière de la tolérer et de la gérer et l’apprentissage de stratégies permettant de faire face à l’anxiété et au stress associés à l’incertitude. Il faut également changer de culture médicale en se dirigeant vers une culture plus ouverte et de partage : l’acceptation de l’incertitude, le travail en équipe, l’interdisciplinarité, la collaboration et le partage de l’incertitude (avec ses pairs et le patient) deviennent des éléments essentiels dans tout processus de décision. 

Communiquer sur l’incertitude 
L’erreur de diagnostic est définie comme étant l’incapacité à établir, adéquatement et dans les délais corrects, une explication au problème de santé du patient ou de communiquer cette explication au patient. Selon les auteurs, cette définition devrait être élargie pour inclure l’omission ou le manque de communication quant à l’incertitude diagnostique. En effet, une communication efficace et ouverte sur l’incertitude est essentielle afin d’éviter des erreurs de diagnostic et des dommages aux patients. Le médecin doit, à la fois, bien communiquer cette incertitude aux patients pour ne pas créer une fausse réassurance et dans le dossier médical, afin de ne pas exclure automatiquement d’autres diagnostics possibles.  

Le raisonnement probabiliste bayésien sont des approches utiles pour limiter ce type d’incertitude dans le processus diagnostique, pourtant peu ou mal utilisé ou dans la pratique médicale. Ce type de raisonnement permet au médecin d’expliquer au patient qu’il va affiner l’incertitude au fil du temps en fonction des résultats des examens et de l’évolution clinique, sans pour autant donner trop de certitudes et d’hypothèses quant au diagnostic.  

Il faut également éviter de communiquer avec le patient avec des adverbes qualificatifs (occasionnellement, rarement) qui sont source d’ambiguïté dans le processus diagnostique. Finalement, il serait utile pour la pratique médicale d’élaborer des recommandations sur la meilleure façon de partager et de communiquer cette incertitude avec les patients. 

Les auteurs concluent que le partage du doute ne doit pas être perçu comme une remise en question de l’autorité, compétences ou professionnalisme du médecin. Au contraire, reconnaître, accepter et communiquer ce doute est un pilier incontournable vers une meilleure sécurité du patient et l’excellence diagnostique. Cela passe par l’établissement d’une relation de confiance avec le patient, la gestion et l’écoute de ses attentes, la gestion de son anxiété et une communication claire et transparente sur les différentes étapes du processus de diagnostic.

Thématique 1 : Communication

Thématique 2 : Relation médecin patient

Catégorie : Commentaire

Période : mai 2022

Langue : Anglais


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