Comment l’équipe de réanimation vit-elle la présence des parents durant la ressuscitation d’un enfanT

Titre original : A Qualitative Exploration of the Impact of a Distressed Family Member on Pediatric Resuscitation Teams
Journal : Hosp Pediatr
Auteurs : Amanda Deacon, Tom O’Neill, Nicole Delaloye, Elaine Gilfoyle
Année : 2020

La réanimation cardiorespiratoire en milieu pédiatrique est grevée d’un taux d’échec qui peut dépasser 50%. Le pronostic s’est amélioré au cours du temps, mais le progrès stagne. Une voie d’amélioration qui mérite d’être explorée est de s’intéresser à ce qui marche et ce qui ne marche pas dans le fonctionnement des équipes.

L’inclusion de plus en plus fréquente des patients (et en pédiatrie, de leur famille surtout) dans les soins multiplie l’occurrence de la présence de proches pendant une réanimation (FPDR : family presence during resuscitation). Les familles trouvent éventuellement à cette participation et à cette transparence un moyen de diminuer leur chagrin et leur anxiété, et de mieux vivre leur deuil éventuel. On sait malheureusement peu de choses sur l’effet de la présence des parents sur l’équipe de réanimation. Les recherches ont surtout porté sur le ressenti des parents et sur la fréquence des plaintes, mais peu sur la qualité de la réanimation et du fonctionnement de l’équipe, et donc sur la sécurité du patient. La présente étude cherche à répondre à la question Comment l’équipe perçoit-elle la présence d’un membre de la famille en détresse pendant une réanimation et comment réagit-elle ?

Il s’agit d’une étude qualitative menée dans quatre hôpitaux pédiatriques universitaires canadiens entre 2011 et 2015. Elle concerne des stages de réanimations en milieu simulé où les intervenants sont filmés et enregistrés. Dans ce cadre, au cours de la réanimation d’une asystolie, les équipes sont averties qu’un membre de la famille sera présent, mais ne connaissent pas le détail de ce qui sera observé. Les équipes comprennent de cinq à sept membres, leur expérience de travail en commun est variable. Le rôle du proche est confié à un comédien. Il pose des questions, réagit, mais sans contact physique ni avec les membres de l’équipe ni avec le patient. Il est formé pour répondre aux demandes spécifiques des réanimateurs. Les équipes sont formées préalablement au travail en équipe, à la communication et à la gestion des distractions éventuelles, mais pas spécifiquement à la présence d’un membre de la famille. Les réanimations sont débriefées essentiellement en ce qui concerne le fonctionnement de l’équipe, les aspects médicaux cliniques ou techniques reçoivent moins d’emphase.

Les enregistrements de ces débriefings sont retranscrits et encodés par différents observateurs puis ces encodages sont confrontés et discutés à la recherche de thèmes communs et structurants. Sur les 42 enregistrements réalisés, 13 sont retenus (soit 72 participants, dont 32 infirmiers et 27 médecins résidents), qui permettent d’identifier 44 thèmes (dont 15 majeurs) se répartissant sur cinq domaines : le milieu environnant de la réanimation, les réponses affectives, les réponses cognitives, les réponses comportementales et la dynamique d’équipe.

Le milieu environnant de la réanimation : les questions du proche couvrent la communication propre à l’équipe et distrait, le familier est dans le chemin, et surtout, l’équipe n’est pas assez nombreuse pour désigner quelqu’un qui s’en occupe, ce qui semble indispensable à chacun.

Les réponses affectives : la présence du proche ajoute du stress au stress. L’équipe signale être préoccupée par le bien-être de la famille, se sentir le besoin de rassurer. D’autres expriment une crainte de réactions violentes s’ils ne peuvent pas consacrer assez de temps à la famille pour la rassurer. Le manque de préparation des soignants à la présence de la famille provoque une détresse, de l’irritation et un sentiment de culpabilité.

Les réponses cognitives : les questions posées s’ajoutent à la charge cognitive importante présente pendant la réanimation. Elles font perdre le focus sur la tâche en cours, d’où la peur de perdre le fil et d’être distrait. Certains essayent de s’isoler de la famille, ou de la rejeter (Ce n’est pas mon job).

Les réponses comportementales : des équipes reconnaissent la nécessité d’un interlocuteur dédié et mettent en place des stratégies. Parfois le meneur prend le rôle ou l’assigne à quelqu’un, parfois quelqu’un prend le rôle d’initiative, mais le plus souvent, le rôle passe d’un membre de l’équipe à un autre en fonction de leur disponibilité. D’autres équipes choisissent globalement d’ignorer la présence du proche, alors que d’autres la considèrent comme une aide potentielle, ne fût-ce que par leur connaissance de l’histoire de l’enfant. Informer le proche est important pour certains : pour le rassurer, le calmer, et le rendre collaborant.

La dynamique d’équipe : durant la réanimation, une partie de la communication est implicite dès que les rôles sont distribués, mais il persiste une partie verbale explicite. La présence du proche ajoute un acteur et l’occupation physique de l’espace. Les membres de l’équipe se surveillent l’un l’autre et corrigent les omissions et erreurs au vol. La présence du familier peut distraire des acteurs, il est donc judicieux de confier sa charge à celui qui, à un moment donné, a moins de responsabilités dans l’équipe. Cela n’évite pas que les membres de l’équipe doivent jouer deux rôles en même temps ce qui nuit à la conscience situationnelle qu’ils doivent garder.

La présence de la famille pose donc des problèmes nouveaux à l’équipe, qu’ils devront aborder et si possible résoudre en plus de la charge déjà stressante de la réanimation. L’attention peut être détournée de tâches pourtant essentielles et accroître les risques d’erreurs.

Notons que beaucoup de participants à l’étude restent partisans de la présence de la famille : c’est en accord avec la politique d’inclure la famille dans l’équipe soignante, cela peut l’aider, et si l’enfant vient à mourir, c’est son droit d’être présente près de lui.
Bien sûr, il s’agit d’une situation simulée, et l’acteur, même s’il reste le même, ne se comporte pas de manière semblable dans chaque cas, selon les réactions qu’il suscite.

Quatre recommandations viennent à l’esprit : il faut une personne désignée pour prendre en charge la famille et ses questions, et pour la maintenir hors du chemin, de sorte que l’équipe ne soit pas distraite ou gênée. Il faut développer les connaissances sur la prise en charge et l’éducation à la présence de la famille. Cette situation nouvelle doit faire l’objet d’un entraînement, par exemple au cours de simulations, et enfin, les équipes doivent être mieux formées aux techniques de base du travail en équipe (communication, monitoring réciproque, …).

Thématique 1 : Implication du patient

Thématique 2 : Simulation en santé

Catégorie : Article de recherche

Période : janvier 2021

Langue : Anglais


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