Cinq stratégies pour améliorer la performance diagnostique

Titre original : Five strategies for clinicians to advance diagnostic excellence
Journal : BMJ
Auteurs : Singh H, Connor DM, Dhaliwal G
Date de publication : février 2022

Le diagnostic est un élément essentiel de la décision médicale qui permet d’assurer une prise en charge appropriée du patient. Cependant, les erreurs de diagnostic (définit comme l'incapacité à établir, adéquatement et dans des délais corrects, une explication au problème de santé du patient ou de communiquer cette explication au patient) sont fréquentes dans le milieu des soins. Selon le rapport du National Academies of Science, Engineering, and Medicine (Etats-Unis) la plupart des personnes seront victimes d’une erreur de diagnostic au cours de leur vie et l’OMS a récemment fait des erreurs de diagnostic une de ses priorités pour la sécurité des patients. Malgré cela, et contrairement à d’autres thématiques liées à la sécurité des patients, les erreurs de diagnostic ont, jusqu’à présent, reçu moins d’attention dans la littérature.  

Meyer et Signh ont définit la performance diagnostique comme étant la capacité à établir un diagnostic correct et en temps opportun, en utilisant le moins de ressources possibles, tout en gérant l’incertitude et en maximisant l’expérience du patient. Sur base de la littérature scientifique, de l’avis d’experts et d'approches théoriques sur la prise de décision, cet article propose cinq stratégies clés pour améliorer la performance diagnostique et réduire le risque d’erreurs de diagnostic. 


1. Valoriser le feed-back

Les stratégies de feed-back, mises en place de manière adaptée et efficace, ont démontré avoir un impact positif sur l’amélioration de la pratique clinique. En effet, l’apprentissage à travers le feed-back permet au médecin d’évaluer la précision du diagnostic et d’ajuster ses décisions futures. Les auteurs suggèrent deux façons d’intégrer le feed-back dans la pratique quotidienne : premièrement, créer une liste électronique de patients pour lesquels le diagnostic peut encore évoluer ou pour lesquels des questions subsistent, ajouter des rappels pour suivre et vérifier les résultats cliniques de ces patients et élaborer un journal des leçons apprises ; deuxièmement, apprendre des feed-back d’autres professionnels, des patients et de la famille. Ce feed-back peut se faire à travers une brève communication sur le diagnostic ou à travers une discussion entre pairs sur la façon d’améliorer la performance diagnostique. Dans les deux cas, ces échanges doivent être soutenus par une culture non punitive qui établit un climat de confiance valorisant le feed-back. 


2. Apprentissage par bouchée (Byte sized learning)

À l’ère du digital, les auteurs recommandent aux professionnels de compléter leur formation continue par de l'apprentissage par bouchée (en anglais bite-size learning), caractérisée par des petites séances de formations, assimilable en un espace court de temps et consultable à volonté. Une série de plateformes digitales (applications pour smartphones, réseaux sociaux et sites web médicaux) sont listées dans l’article et fournissent des cas cliniques précis permettant aux médecins de s’entrainer au processus de raisonnement clinique.


3. Tenir compte des biais cognitifs

Reconnaître et prendre conscience de la présence de certains biais cognitifs, tels que le biais d'ancrage et de disponibilité, peut aider les médecins à prendre conscience de la faillibilité de ses décisions et faire preuve d’humilité. Cependant, dans la pratique quotidienne, ces biais cognitifs restent difficiles à identifier et l’efficacité des interventions dites de debiasing nécessitent des études plus approfondies. Parallèlement, d’autres biais implicites et des stéréotypes liés au sexe, à l’âge, l’ethnicité, entre autres, peuvent perturber le jugement clinique des médecins et être à l’origine d’erreurs de diagnostic. En effet, il existe de nombreux exemples dans la littérature de disparités des diagnostics selon le genre et l’origine ethnique du patient. 

Bien que nous maquions encore de preuves quant à l’efficacité des stratégies permettant de réduire le risque des biais implicites, les auteurs listent quelques pistes de départ, notamment élaborer un diagnostic individuel en considérant le patient comme une personne à part entière, en comprenant son vécu et ses préférences et en privilégiant une attitude empathique ; insérer une pause de réflexion afin de déterminer si d’autres diagnostics auraient pu être envisagés en fonction des caractéristiques/antécédents du patient ; mettre en place des stratégies systémiques et standardisées afin de réduire le risque de discrimination dans le processus de diagnostic ; promouvoir la diversité et l’équité dans le milieu de travail mais également dans l’enseignement médical. 


4. Transformer le diagnostic en un sport d’équipe

Le diagnostic est souvent perçu comme relevant de la compétence du médecin, à lui seul. Cependant, il semblerait que faciliter un travail en équipe entre les professionnels de soins, les patients et leurs familles et intégrer les connaissances distribuées dans l’ensemble de cette équipe dans la démarche diagnostique réduit le risque d’erreurs. Cela demande un changement de culture, une collaboration interprofessionnelle et une participation active des patients dans le processus diagnostic. Les médecins peuvent par ailleurs bénéficier d'une prise de décision collective en consultant des collègues d’autres spécialités (exemples : biologie médicale, pathologie, radiologie, etc.) afin d’assurer une meilleure interprétation et décision médicale. Parallèlement, le développement des systèmes d’aide à la décision ainsi que d’autres technologies apporteront également un soutien au processus de raisonnement médical. 


5. Favoriser la pensée critique

Le développement de la pensée critique, comprenant généralement un scepticisme réflexif, une propension à considérer le caractère provisoire d’un diagnostic et une volonté de concilier des contradictions dans les données, peut aider à optimiser l’obtention et l’interprétation des résultats cliniques et, par conséquent, le raisonnement clinique. Les auteurs citent quelques exemples de stratégies intentionnelles qui permettent de favoriser cette pensée critique dans la pratique quotidienne.

Thématique 1 : Erreurs de diagnostic

Thématique 2 : Erreurs de diagnostic

Catégorie : Commentaire

Période : juin 2022

Langue : Anglais


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