Améliorer l'adhésion à la check-list chirurgicale à travers l'auto-évaluation et le feed-back

Titre original : A quality improvement initiative using peer audit and feedback to improve compliance
Journal : Int J Qual Health Care
Auteurs : Fridrich A, Imhof A, Staender S, Brenni M, Schwappach D
Date de publication : juillet 2022

La check-list chirurgicale (CLC), lancée en 2009 par l’OMS, est mondialement reconnue comme un standard pour réduire la mortalité et les complications peri-opératoires. Cependant, pour être la plus efficace possible, celle-ci doit être employée correctement et de manière systématique, ce qui ne semble malheureusement pas être toujours le cas dans la plupart des institutions de soins. En effet, l’efficacité de la CLC dépend fortement du niveau de compliance (en termes de fréquence) et de la qualité de son application. 

Pour cette raison, un monitoring permettant de mesurer et d'améliorer la compliance de la CLC s’avère important. Parmi les différentes méthodes de monitoring, l’audit interne (ou l’auto-évaluation) et les feed-back rapides et en temps réel semblent être les plus efficaces.

En 2018, la Fondation Sécurité des patients Suisse a mis en œuvre un programme pilote national, intitulé COM-Check– Sécurité chirurgicale, présentant un concept de monitoring destiné à mesurer et améliorer la compliance de la CLC dans les hôpitaux suisses. Ce concept de monitoring est composé d’une auto-évaluation, à travers l’observation directe en salle d’opération, suivie d’un feed-back immédiat à l’équipe chirurgicale. Au total, 11 hôpitaux (représentant 14 sites) ont participé volontairement au programme pilote.

Chaque hôpital participant a créé une équipe de projet multidisciplinaire (composée d’un/e anesthésiste, un/e infirmier/e et un/e chirurgien/ne), qui a suivi une journée de formation pour apprendre à définir et mesurer la compliance de la CLC et à appliquer la technique de feed-back en trois étapes. Dans le cadre du programme, il était recommandé que chaque équipe réalise au moins 30 observations avec feed-back immédiat, réparties uniformément entre les différentes professions de l’équipe projet (c’est-à-dire chirurgiens, anesthésistes et infirmiers) et les trois moments de la CLC (Sign-in, Time-out et Sign-out)). 

Pour l’observation, la Fondation a développé un outil permettant d’évaluer l’intégralité et la qualité de la compliance de la CLC. La construction de cet instrument s’est basée sur des outils déjà existants, tels que le Checklist Usability Tool et le WHOBARS, sur des résultats d’une étude nationale sur les briefings intra opératoires, des éléments de la communication en boucle fermée et les fondements de l’anatomie de la CLC. Cet outil est réparti en cinq parties (informations générales, initiation du processus, vérification des items de la CLC, appréciation globale de l’application de la CLC et le feed-back) et peut être complété de manière électronique ou sur papier.  


Informations générales
Les informations générales sont complétées immédiatement avant l’observation et comprennent la profession de l’observateur, la date, l’heure, la spécialité chirurgicale, le type d’anesthésie et le type de chirurgie. 

Initiation du processus
L’initiation du processus est évaluée à travers sept critères : l'initiation claire (oui/partiellement/non), la personne qui dirige la CLC (profession), l'initiation au bon moment (oui/trop tôt/trop tard), la présence de tous les membres (oui/non), les membres manquants (profession), tous les membres marquent une pause (oui/partiellement/non) et tous les items de la CLC sont passés en revue (oui/partiellement/non). 

Vérification des items de la CLC
L’observateur doit vérifier que chaque item de la CLC est énoncé verbalement par le coordinateur de la CLC, contrôlé visuellement par une autre source (exemple : bracelet d’identification du patient) et verbalement confirmé par une autre personne que le coordinateur. 

Appréciation globale de l’application de la CLC
L’appréciation globale est évaluée à travers cinq critères, sur une échelle de 1 à 5 :  conduite du processus (1 « non dirigé » ; 5 « dirigé clairement »), engagement de l’équipe (1 « passive, non engagée » ; 5 « active, engagée »), ambiance (1 « tendue, énervée » 5 « ouverte, respectueuse »), rythme (1 « pressé » ; 5 « calme » ) audibilité (1 « incompréhensible » ; 5 «tout à fait compréhensible »).

Feed-back 
Le feed-back est évalué à travers sept critères : feed-back donné (oui/postposer/non), raison de l’absence de feed-back (situation d’urgence/contrainte de temps/tensions au sein de l’équipe/feed-back refusé/autre), thème du feed-back (sujet), focus du feed-back (renforcement positif/potentielles améliorations/ambiguïtés), nécessité d’un suivi du feed-back (oui/non), réaction de l’équipe chirurgicale (positive/neutre/mixte/négative), durée du feed-back (minutes). 

La technique de feed-back en trois étapes
La technique de feed-back se déroule en trois étapes : observation (décrire concrètement ce qui a été observé (description claire, précise et objective)) ; opinion (exprimer avec transparence sa vision personnelle de ce qui a été observé (exemples : évaluation, déclaration ou transmission de connaissances)) ; question (questions ouvertes et sans jugement, permettant aux participants d’exprimer leur propre vision et d’en tirer des conclusions). 
Le processus de feed-back doit respecter les conditions suivantes : le feed-back doit être donné immédiatement après l’observation et à l’ensemble de l’équipe chirurgicale et ne doit pas durer plus de trois minutes. 


De novembre 2020 jusqu’à mars 2021, une collecte de données a été réalisée dans le cadre du programme. En septembre 2021, 71 participants ont été invités à évaluer le programme à travers un questionnaire en ligne. 

Au total, les données de 715 observations ont été récoltées, réparties de façon uniforme entre les trois parties de la check-list (sign-in, time-out et sign-out). Les infirmiers sont ceux qui ont réalisé le plus d’observations (35%), suivi des techniciens en salle d’opération (27%), anesthésistes (23%) et chirurgiens (10%). La plupart des observations ont été réalisées pendant la journée (94%), pendant la semaine (96%) et lors d’interventions programmées (86%). Plusieurs spécialités ont été observées, notamment la chirurgie générale/viscérale (26%), orthopédique (25%), gynécologie/obstétrique (16%), ophtalmologie (11%), et autres (29%). 

En ce qui concerne le processus d’initiation, on constate que la CLC a été annoncée de façon claire dans 85% des cas, appliquée au bon moment dans 90% des cas et que tous les membres de l’équipe chirurgicale étaient présents dans 88% des cas. Cependant, c’est seulement dans 61% des cas que tous les membres de l’équipe ont marqué une pause pendant la CLC (ce taux diminue à 50% pendant le Sign-out). Dans 71% des cas, les items ont été relus (et pas rappelés de mémoire). 

Pour la vérification des items de la CLC, dans 86% des cas, le coordinateur a énoncé verbalement les items de la CLC, cependant, en ce qui concerne les deux items du Sign-out (nom de la procédure et soins post-opératoires), ceux-ci n’ont été énoncés que dans 60% et 74% des cas, respectivement. Le contrôle visuel avec d’autres sources n’a été réalisé que dans 41% des cas et la confirmation verbale (par une autre personne que le coordinateur) a été réalisée dans 76% des cas. 

Un feed-back a été donné dans 79% des observations réalisées. La principale raison de l’absence de feed-back était associée à des contraintes de temps (52%), la moitié des feed-back étaient focalisés sur le renforcement de comportements positifs (51%) et la réaction des membres de l’équipe était majoritairement positive (61%). 

Au total, 27 participants (soit 38% des 71 participants au programme) ont complété le questionnaire sur l’évaluation du programme : 93% ont accordé que la participation au programme était une plus-value et que la réalisation de 10 observations (avec feed-back) par personne était faisable ; 78% des participants affirment se sentir à l’aise pour réaliser les observations et donné un feed-back immédiat ; 63% affirment qu’ils vont continuer à réaliser les observations, 52% continueront le feed-back immédiat et 82% vont maintenir l’équipe de projet multidisciplinaire. 

Suite aux résultats présentées ci-dessus, les auteurs de l’étude constatent que le processus de monitoring (observation + feed-back) a été implémenté avec succès dans les hôpitaux participants. Des douze hôpitaux participants, onze ont réalisés les observations, et en moyenne chaque hôpital a réalisé 65 observations (ce qui dépasse le minimum recommandé de 30 observations par hôpital). De plus, dans 79% des observations un feed-back a immédiatement été donné à l’équipe chirurgicale. En termes d’acceptation du processus, les résultats semblent également être positifs. La plupart des membres de l’équipe chirurgicale ont réagi de façon positive au feed-back et la grande majorité des répondants au questionnaire d’évaluation ont évalué positivement le programme et souhaite le faire perdurer dans le temps. 

Sur base des résultats obtenus suite à l’évaluation du programme et aux échanges réalisés avec les hôpitaux participants, les auteurs recommandent la mise en place d’un contrôle régulier de la compliance de la CLC à travers l’observation et le feed-back. Ceux-ci listent également quelques points d’amélioration, notamment la sous-représentation/implication des chirurgiens dans le processus, le manque d’adhésion au Sign-out, l’absence de contrôle visuel et la non-interruption du travail des membres de l’équipe pendant la réalisation de la CLC. 

Thématique 1 : Check-list chirurgicale

Thématique 2 : Chirurgie

Catégorie : Article de recherche

Période : août 2022

Langue : Anglais


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