Burn out dans les soins de santé : il est temps de changer

Titre original : Burnout in healthcare: the case for organisational change
Journal : BMJ
Auteurs : Montgomery A, Panagopoulou E, Esmail A, Richards T, Maslach C
 

Le problème de burn out chez les professionnels de santé est répandu dans le monde entier quel que soit le niveau de développement ou de richesse du pays. En France, des publications récentes démontrent des taux élevés de 47% pour les médecins et de 33% pour les infirmières. Au Royaume-Uni, 29% des médecins se disent stressés, 12% montrent des signes de dépression et la moitié d’entre eux souhaitent quitter leur profession.

Le burn out résulte d’une exposition prolongée à un stress persistant dans un contexte de travail, avec un déséquilibre entre l’investissement du professionnel et ce qu’il reçoit en retour, ayant de graves conséquences pour les professionnels de soins et les organisations dans lesquelles ils travaillent. Le burn out est associé à des signes d’altération de la santé (troubles du sommeil, troubles de l’appétit, irritabilité, etc.), à la qualité des soins prodigués, aux erreurs médicales et à la diminution de la satisfaction des patients. Par exemple, une étude récente a montré que même après contrôle des caractéristiques de l'unité telles que la charge de travail, les taux de mortalité des patients étaient plus élevés dans les unités de soins intensifs où le personnel se sentait très épuisé émotionnellement.

Le burn out entraîne également une augmentation du turnover du personnel, une perte de revenus associée à une baisse de productivité, des risques financiers et une menace pour la viabilité à long terme de l’organisation, en raison notamment des effets du burn out sur la qualité des soins, la satisfaction des patients et la sécurité. Étant donné qu'environ 10% de la main-d'œuvre active de l'UE est engagée dans le secteur des soins de santé, les coûts directs et indirects du burn out professionnel pourraient être considérables.

Les initiatives de lutte contre le burn out sont souvent centrées sur les individus plutôt qu’orientées sur une approche systémique du problème. Les réponses les plus courantes face au burn out sont d’encourager les professionnels à mieux prendre soins d’eux-mêmes, à devenir plus résilients et à faire face aux facteurs de stress de façon individuelle. Cependant, cette approche individualiste ignore les sources de stress chroniques sur le lieu de travail, telles que les incivilités, les pénuries de personnel et les mesures d’austérité, qui échappent souvent au contrôle du professionnel. De plus, les solutions axées sur l'individu sont importantes pour soutenir le personnel surchargé, mais sont moins susceptibles d’être postives en termes de longévité et de pérennisation que celles qui sont intégrées au niveau organisationnel. L'épuisement, le cynisme et le sentiment d'inefficacité qui en découle sont souvent une expérience partagée en réponse à des facteurs de stress de travail partagés, et c’est pour cette raison qu’il faut encadrer le burn out comme un problème systématique et non simplement comme un problème individuel.

De plus, jusqu’à présent le burn out a été considéré comme une maladie, empêchant de se concentrer sur les valeurs et les améliorations du lieu de travail qui sont à l'origine du problème. L’OMS a reconnu récemment le burn out comme étant un phénomène lié au lieu de travail et non comme une maladie. Certains auteurs espèrent que cela permettra de motiver les décideurs politiques à financer des stratégies visant la recherche et l’amélioration de cette problématique.  

Les auteurs de cet article présentent quatre étapes à mettre en place afin de mieux comprendre le burn out et de mettre en œuvre une approche systémique du problème :
  • Considérer le burn out comme un indicateur de la qualité des soins de santé  ;
  • Évaluer le burn out au niveau départemental ou de l’unité de soins ;
  • Développer des lieux de travail sains  ;
  • Inclure les professionnels et les patients dans le développement de stratégies de prévention.

Considérer le burn out comme un indicateur de la qualité des soins de santé
Plusieurs études ont prouvé que des taux plus élevés d’engagement du personnel sont associés à une prestation de soins de meilleure qualité et plus sûre. Également, un niveau de satisfaction du personnel plus élevé semble être associé à des taux de mortalité plus bas. Face à ces associations, plusieurs auteurs soulignent que le burn out peut être considéré comme un indicateur de dysfonctionnement organisationnel, pouvant avoir un impact sévère sur la sécurité des patients. Il s’avère donc important d’adopter une approche différente de l’évaluation de la qualité du système, en intégrant le bien-être du personnel comme un indicateur qualité. Par exemple, un nombre élevé de burn out au sein d’une organisation pourrait être un signe d’alerte pour la sécurité des patients et souligner la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention.

Leiter et Maslach ont décrit cinq profils d’expérience de travail (burn out, désengagé, épuisé, inefficace et engagé). Chaque profil a des relations différentes avec les facteurs professionnels, suggérant une approche et une intervention différente de lutte contre le burn out pour chacun d’entre eux. Il s’avère donc important de mesurer l’expérience des professionnels dans le milieu de travail et connaitre ainsi le type d’interventions à mettre en place.  

Évaluer le burn out au niveau départemental ou de l’unité de soins
En premier lieu, il faut améliorer la façon dont le burn out est évalué au sein des organisations. Le test d’inventaire de burn out de Maslach est un des meilleurs modèles descriptifs du burn out. Cependant, celui-ci est souvent utilisé de manière inappropriée au niveau des institutions de soins, soit en se concentrant uniquement sur une des trois dimensions du burn out (épuisement émotionnel, dépersonnalisation et perte d’accomplissement personnel), soit en l’utilisant comme un outil de diagnostic pour lequel il n’a pas été conçu.

En deuxième lieu, les recherches dans le domaine du burn out se sont centrées de manière contre-intuitive sur la performance individuelle plutôt que sur le département ou l’unité des soins dans laquelle les personnes travaillent. Les organisations de soins sont conçues et gérées autour d'équipes de travail. Les données utilisées pour évaluer ces équipes sont généralement des indicateurs agrégés, tels que la productivité, le taux de rotation ou le niveau de sécurité des patients pour l’ensemble de l’équipe. Cela suggère que l’évaluation du burn out devrait également être mesurée de façon agrégée au niveau de l’équipe, du service ou du département. En effet, le burn out est un phénomène social enraciné dans les relations que les professionnels partagent au sein des équipes de travail.

Développer des lieux de travail sains
De nombreuses études ont montré que les approches favorisant une relation saine entre l’organisation et les professionnels sont la clé pour la prévention du burn out. Au-delà des facteurs individuels, le burn out est associé à un décalage grandissant et persistant entre la personne et les conditions de travail. Plus les conditions de travail sont en décalage avec les attentes de la personne, plus le risque de burn out est élevé. Six facteurs organisationnels seraient à l’origine du burn out  : la surcharge de travail, le manque de contrôle, la faible reconnaissance, le faible sentiment de communauté, le sentiment d’injustice et les conflits de valeurs.

Le défi pour les organisations de soins consiste à identifier quels sont les facteurs présents dans ces six domaines qui pourraient être à l’origine du burn out et utiliser ces informations pour concevoir des interventions d’améliorations et sélectionner les outils appropriés pour modifier les pratiques de travail. Mesurer les attributs d'une organisation (charge de travail, contrôle, récompenses, communauté, équité, valeurs) avant la mise en place d’une intervention peut fournir une base pour surveiller la «  santé du milieu de travail  » et un indicateur de la nécessité de mettre en place des interventions d’amélioration.

Inclure les professionnels et les patients dans le développement de stratégies de prévention
La plupart des études qui explorent la relation du burn out avec la sécurité du patient se focalisent surtout dans le domaine des soins infirmiers. Les expériences des médecins et des patients sont en grande partie absentes au niveau des études publiées.

Les patients et leurs proches jouent également un rôle important dans la prévention du burn out. La perception des patients et des soignants sur les problèmes organisationnels et le stress environnemental peut être un indicateur du bien-être organisationnel. Des questions telles que « Quelles conditions de travail faudrait-il changer dans cet hôpital afin que les personnes aient envie d’y travailler et se sentent pleinement engagées dans leur travail ? » peuvent fournir plus d’informations que des questions comme « Comment améliorer la qualité des soins de santé dans cet hôpital ?  ».

Plusieurs études montrent que les stratégies de prévention doivent être développées en collaboration avec les professionnels et les patients et leur famille. L'implication des patients peut aboutir à une meilleure prestation de soins, et leur feedback peut aider à améliorer les services et à renforcer le moral du personnel. Compte tenu de la relation entre le burn out des professionnels et les résultats pour les patients, ainsi que les preuves entre l’implication des patients et l’amélioration de la relation professionnel/médecin, une participation accrue des patients pourrait potentiellement prévenir le burn out professionnel.  

Conclusion
Les auteurs soulignent qu’il faut élargir l’approche utilisée pour lutter contre le burn out. Les systèmes de soins doivent avoir comme objectif de développer des interventions pour contrer les facteurs organisationnels qui mènent au burn out. Le problème ne vient pas des professionnels, mais de la façon dont l'environnement est conçu. La prévention doit être considérée comme prioritaire, en développant des milieux de travail sains, qui comprennent à la fois une évaluation continue du burn out et une action ciblée sur les facteurs structurels favorisant le burn out. Ces interventions doivent être co-construites avec le personnel et les bénéficiaires des soins de santé.

Thematic 1 : Burn out des professionnels

Thematic 2 : Burn out des professionnels

Category : Article de revue

Period : September 2019

Language : Anglais


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