Attitudes non professionnelles des chirurgiens associées à plus de complications pour le patient

Titre original : Association of Coworker Reports About Unprofessional Behavior by Surgeons With Surgical Complications in Their Patients. 
Journal : JAMA Surgery
Auteurs : Cooper WO, Spain DA, Guillamondegui O, Kelz RR, Domenico HJ5, Hopkins J6, Sullivan P, Moore IN, Pichert JW, Catron TF, Webb LE, Dmochowski RR, Hickson GB

L’attention que les systèmes de soins apportent à la qualité et la sécurité des patients s’est accrue ces dernières années. Pour cette raison, ces derniers ont mis davantage l’accent sur la compréhension et l’identification des risques liés à la sécurité des soins. Il est aujourd’hui reconnu que le travail en équipe, la communication claire, le respect mutuel des professionnels et la conscience situationnelle conditionnent la qualité et la fiabilité des prestations qui seront délivrées au patient. Dans certains milieux médicaux, notamment en chirurgie, un des facteurs qui affecte le fonctionnement des équipes est le manque de professionnalisme et de discipline de certains de ses membres. En règle générale, les professionnels de la santé qui travaillent dans un milieu de travail perturbé ne communiquent pas efficacement et peuvent dès lors prester des soins de façon sous-optimale, ce qui risque d’avoir des conséquences sur les résultats pour les patients. Ces comportements sont d’autant plus frappants quand ceux-ci proviennent d’un membre ayant un rôle de leader dans l’équipe, comme le chirurgien. Les comportements non professionnels ont un impact négatif sur la culture de sécurité, le travail en équipe et peuvent entraîner des erreurs médicales et des complications chirurgicales.

Des exemples de comportements non professionnels sont entre autres : contester sa hiérarchie, utiliser un langage grossier, manquer d'humilité, faire preuve de mauvaise volonté, critiquer ses collègues, ne pas se remettre en cause, ne pas avoir l'esprit d'équipe, ne pas faire sa part de travail, etc. 

Afin de comprendre l’impact de ces comportements sur le risque de complications et d’erreurs médicales, une équipe de chercheurs a réalisé une étude dans deux hôpitaux américains. Ceux-ci ont analysé les plaintes, les rapports et les signalements des équipes sur les attitudes non professionnelles des chirurgiens dans les 36 mois précédents l’intervention, et les complications postopératoires à 30 jours, entre 2012 et 2016. Les auteurs sont partis de l’hypothèse que les patients pris en charge par des chirurgiens ayant un nombre plus élevé de plaintes concernant leurs comportements présenteraient un nombre de complications chirurgicales et médicales plus élevé. 

Au total, 13.653 patients ont été inclus dans l’étude (54% de femmes avec une moyenne d’âge 57 ans) et 202 chirurgiens  (70,8% d’hommes) :
  • 11,6% (1.583) des patients ont subi un évènement indésirable grave, dont 6% (825) étaient des complications chirurgicales (infections chirurgicales) et 7,8% (1.070) des complications médicales (complications pulmonaires, complications rénales, complications au niveau du système nerveux central et septicémies).
  • Les patients qui ont été pris en charge par des chirurgiens ayant été l’objet de plusieurs plaintes les 36 derniers mois précédents l’intervention présentaient un risque de 14,1% plus élevé de complications par rapport à ceux qui ont été pris en charge par des chirurgiens sans aucune plainte.
  • Après ajustement des données, les résultats sont encore plus parlants : le risque de complications est de 18,1% plus élevé pour les patients pris en charge par un chirurgien ayant fait l’objet d’une à trois plaintes, et de 31,7% plus élevé pour les patients pris en charge par les chirurgiens ayant fait l’objet de quatre plaintes ou plus, comparativement aux patients pris en charge par des chirurgiens sans aucune plainte.   

Les résultats de l’étude ont permis de corroborer l’hypothèse des auteurs : les patients pris en charge par un chirurgien qui est l'objet d'un plus grand nombre de plaintes de ses collègues concernant son comportement étaient plus susceptibles de souffrir d'une complication chirurgicale ou médicale, comparativement aux  patients pris en charge par des chirurgiens chez qui on ne relevait aucune plainte. 

Si les comportements non professionnels peuvent se manifester tôt dans la carrière d’un médecin, il existe des occasions pour l’aborder avant que ceux-ci ne s’enracinent. Dans la littérature, plusieurs  interventions de prévention et gestion des comportements non professionnels ont fait ses preuves (ces programmes de gestion des comportements non professionnels ne sont pas décrits dans l’article original, mais peuvent être intéressants pour le lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur le sujet) : 
  • Le programme PULSE : un programme américain de perfectionnement des médecins qui consiste à l’évaluation de ceux-ci par leurs collègues, d’autres membres du personnel hospitalier, les médecins-chefs et les administrateurs. Les médecins participants reçoivent une évaluation de leurs comportements, un feedback sous forme de commentaires et un rapport personnalisé. En règle générale, le comportement est mesuré dans le cadre de l’évaluation initiale et des évaluations de suivi, qui ont lieu trois mois et six mois plus tard. Ce genre d’évaluation sensibilise les médecins vis-à-vis de leurs comportements, favorise la responsabilisation et peut conduire à des améliorations de leur conduite.
  • L’approche multiniveau de Vanderbilt : approche destinée à examiner les comportements perturbateurs des professionnels de soins, fondée sur une pyramide d’interventions à plusieurs niveaux et comportant quatre interactions à divers échelons hiérarchiques. Pour une première et seule plainte, l’institution de soins doit mettre en place une intervention non officielle, comme une « conversation autour d’un café » avec un collègue. Pour un comportement qui se reproduit ou qui devient habituel, une intervention documentée avec le superviseur du médecin s’avère nécessaire. Pour un problème de comportement persistant et qui est réfractaire aux interventions des échelons inférieurs, le professionnel peut être déféré à une autorité supérieure, avec documentation supplémentaire et plan d’action. Enfin, en dernier recours, quand l’intervention de l’autorité ne s’avère pas efficace, des mesures disciplinaires peuvent être envisagées. 

Il n’existe pas une approche unique à ce problème, cependant il est important de dépister ce problème précocement, d’établir et de mettre en œuvre des politiques visant à gérer le comportement, de recueillir des données, d’adopter une approche proactive à la formation, et de répondre au comportement de manière proportionnelle à l’incident. Certains hôpitaux américains établissent des codes de conduite à l’intention de tous les professionnels de la santé, alors que d’autres ont des codes de conduite spécifiques aux médecins. Ces deux approches permettent de clarifier les attentes en matière de respect, de courtoisie, de professionnalisme et de résolution des conflits. De plus, l’engagement de la haute direction dans la création d’une culture de respect au sein des établissements est essentiel pour réduire ce type de  comportements dans le domaine de la santé. 
 

Thematic 1 : Comportements non professionnels

Thematic 2 : Complications post-opératoires

Category : Article de recherche

Period : November 2019

Language : Anglais


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